L’essor des véhicules électriques transforme les besoins en infrastructures de recharge dans les copropriétés. Un copropriétaire ne peut pas imposer seul l’installation d’une borne électrique collective dans sa copropriété. Cette décision relève de l’assemblée générale des copropriétaires qui doit voter à la majorité simple de l’article 24. Toutefois, chaque copropriétaire dispose d’un droit individuel à installer une borne à ses frais. Examinons les différentes possibilités qui s’offrent à vous selon votre situation.
Le droit individuel à la prise : votre recours personnel
Depuis 2014, la législation française a instauré le droit à la prise pour faciliter l’équipement des copropriétés en bornes de recharge. Ce dispositif permet à tout copropriétaire ou locataire disposant d’une place de stationnement de demander l’installation d’une borne électrique individuelle, et ce sans nécessiter l’accord de l’assemblée générale.
Le copropriétaire souhaitant exercer ce droit doit notifier sa demande au syndic par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette notification doit intervenir au moins trois mois avant les travaux et inclure un descriptif détaillé du projet, accompagné d’un schéma de l’installation et d’un devis d’un installateur qualifié IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique).
La copropriété dispose ensuite d’un délai de trois mois pour s’opposer à ce projet. L’opposition n’est possible que dans des cas très spécifiques : impossibilité technique avérée, installation non-conforme aux normes de sécurité, ou existence d’un projet collectif déjà voté par l’assemblée générale. En l’absence d’opposition dans ce délai, le copropriétaire peut procéder aux travaux à ses frais.
L’installation collective : une décision d’assemblée générale
Les modalités de vote en assemblée générale
Contrairement au droit individuel, l’installation d’une infrastructure collective de recharge nécessite un vote en assemblée générale des copropriétaires. Cette solution présente l’avantage de mutualiser les coûts et d’anticiper les besoins futurs de l’ensemble des résidents.

Le vote s’effectue selon les règles de la majorité simple de l’article 24 de la loi du 10 juillet 1965. Cela signifie que la résolution doit recueillir la majorité des voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Les abstentionnistes ne sont pas comptabilisés dans le calcul de cette majorité.
Tout copropriétaire peut inscrire cette question à l’ordre du jour de l’assemblée générale en adressant une demande écrite au syndic. Si la demande intervient après l’envoi de la convocation, le syndic devra inscrire le point à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale.
Les étapes du projet collectif
La mise en œuvre d’une infrastructure collective requiert une préparation minutieuse. Le syndic doit préalablement faire réaliser une étude technique et financière par des professionnels qualifiés. Cette étude évalue la faisabilité du projet, dimensionne l’installation nécessaire et chiffre précisément les coûts.
- Diagnostic électrique du parking : évaluation de la capacité du réseau existant et identification des travaux de mise aux normes
- Définition du nombre de bornes : dimensionnement selon les besoins actuels et les perspectives d’évolution
- Choix du type d’infrastructure : installation évolutive permettant d’ajouter des bornes progressivement
- Obtention de devis comparatifs : consultation de plusieurs prestataires certifiés IRVE
Comparaison entre solution individuelle et collective
| Critères | Solution individuelle (droit à la prise) | Solution collective |
| Procédure | Notification au syndic 3 mois avant | Vote en assemblée générale (majorité simple) |
| Financement | Entièrement à la charge du demandeur | Réparti entre copropriétaires ou utilisateurs |
| Délai de mise en œuvre | 3 à 6 mois en moyenne | 9 à 18 mois selon la complexité |
| Coût moyen | 1 500 à 3 000 € par borne | 3 000 à 8 000 € par borne (infrastructure mutualisée) |
| Évolutivité | Limitée aux besoins individuels | Infrastructure dimensionnée pour plusieurs bornes |
| Aides financières | Crédit d’impôt de 75% (plafonné à 500 €) | Subventions du programme ADVENIR jusqu’à 50% |
Les arguments pour convaincre votre copropriété
Si vous souhaitez promouvoir un projet collectif plutôt que d’exercer simplement votre droit individuel, plusieurs arguments peuvent être mis en avant auprès des autres copropriétaires. La valorisation patrimoniale constitue un levier décisif : selon les pratiques du marché immobilier, les biens disposant d’infrastructures de recharge gagnent en attractivité et peuvent voir leur valeur augmenter.
L’anticipation des besoins futurs représente également un argument de poids. Les ventes de véhicules électriques connaissent une croissance significative, et cette tendance va s’accélérer avec l’interdiction prévue de la vente de véhicules thermiques neufs. Une infrastructure collective évite la multiplication anarchique d’installations individuelles qui pourraient saturer le réseau électrique du parking.
Une copropriété équipée d’une infrastructure collective de recharge anticipe les besoins de demain et facilite la vie quotidienne de ses résidents tout en valorisant son patrimoine immobilier.
Les aides financières disponibles pour les installations collectives sont généralement plus avantageuses que pour les projets individuels. Le programme ADVENIR, financé par les Certificats d’Économies d’Énergie, peut prendre en charge jusqu’à 50% du coût de l’installation d’une infrastructure collective, dans la limite de plafonds définis selon le type de borne.
Les obstacles possibles et comment les surmonter
Les contraintes techniques
Certaines copropriétés peuvent rencontrer des difficultés techniques qui compliquent l’installation de bornes de recharge. La puissance électrique disponible constitue souvent le premier obstacle : un parking ancien peut disposer d’un compteur sous-dimensionné qui nécessite un renforcement du réseau. Ces travaux supplémentaires représentent un coût additionnel qu’il faut anticiper dans le budget du projet.
Les copropriétés classées ou situées dans un périmètre protégé doivent obtenir l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France avant d’entreprendre des travaux visibles depuis l’extérieur. Ce délai d’instruction peut rallonger significativement le calendrier du projet.
Les réticences financières
Le coût initial d’une infrastructure collective peut susciter des réticences, particulièrement parmi les copropriétaires qui n’envisagent pas d’acquérir un véhicule électrique à court terme. Plusieurs modèles de financement permettent de contourner cette objection.
- Le financement par les utilisateurs : seuls les copropriétaires souhaitant disposer d’une borne contribuent aux frais d’installation
- La solution du tiers investisseur : un opérateur privé finance et gère l’infrastructure en échange d’un contrat de location des emplacements
- L’installation progressive : mise en place d’une infrastructure évolutive avec équipement initial limité et possibilité d’ajouter des bornes ultérieurement
Le rôle du syndic dans le processus
Le syndic de copropriété joue un rôle central dans la mise en œuvre d’un projet de recharge électrique, qu’il soit individuel ou collectif. Pour les demandes individuelles, il doit instruire le dossier et, le cas échéant, motiver une éventuelle opposition devant le tribunal judiciaire. Son impartialité et sa compétence technique sont essentielles pour garantir le bon déroulement de la procédure.
Dans le cadre d’un projet collectif, le syndic coordonne les études préalables, sollicite les devis, présente le dossier en assemblée générale et supervise la réalisation des travaux une fois le vote obtenu. Il peut également renseigner les copropriétaires sur les aides financières mobilisables et accompagner la copropriété dans les démarches administratives.
Un syndic proactif et bien informé sur les enjeux de la mobilité électrique facilite considérablement l’équipement des copropriétés en infrastructures de recharge adaptées aux besoins de leurs résidents.
Quelle stratégie adopter selon votre situation ?
Le choix entre l’exercice du droit à la prise et la promotion d’un projet collectif dépend de plusieurs facteurs. Si vous êtes seul ou parmi les premiers copropriétaires intéressés par la recharge électrique, le droit à la prise offre une solution rapide et efficace pour équiper votre place de stationnement sans attendre un hypothétique consensus collectif.
En revanche, si plusieurs copropriétaires manifestent un intérêt pour la recharge électrique ou si votre copropriété entreprend des travaux de rénovation incluant le parking, la solution collective présente des avantages économiques et pratiques indéniables. L’infrastructure mutualisée permet de répartir les coûts fixes et d’installer un système de gestion intelligent qui optimise la consommation électrique.
Dans tous les cas, il est recommandé de faire appel à un installateur certifié IRVE qui pourra vous conseiller sur la solution la plus adaptée à votre configuration et garantir la conformité de l’installation aux normes en vigueur. La certification IRVE constitue d’ailleurs une condition pour bénéficier des aides financières disponibles.
Équiper sa copropriété : un investissement tourné vers l’avenir
L’installation de bornes de recharge en copropriété, qu’elle soit individuelle ou collective, représente bien plus qu’un simple aménagement pratique. Il s’agit d’une adaptation nécessaire à l’évolution des modes de mobilité et d’un investissement qui valorise le patrimoine immobilier. Si vous ne pouvez pas imposer seul une infrastructure collective, vous disposez néanmoins de leviers d’action efficaces : exercer votre droit individuel à la prise ou convaincre vos copropriétaires des bénéfices d’un projet partagé. La réussite de votre démarche repose sur une bonne préparation du dossier, une communication claire des avantages et le choix de prestataires qualifiés qui sauront accompagner votre copropriété dans cette transition énergétique.






