Les préoccupations environnementales et la recherche de solutions durables dans le secteur de la construction ont conduit au développement des bâtiments biosourcés. Ces structures, construites en grande partie avec des matériaux d’origine naturelle et renouvelable, offrent des avantages pour l’environnement tout en répondant aux besoins modernes de confort et d’efficacité énergétique.
Définition et caractéristiques des bâtiments biosourcés
Un bâtiment biosourcé est une construction qui intègre une part significative de matériaux issus de la biomasse végétale ou animale (bois, chanvre, paille, lin, ouate de cellulose, liège, laine de mouton…). En France, cette part se mesure officiellement en kilos de carbone biogénique stocké par m², via le label d’État « Bâtiment biosourcé ». Ces matériaux sont renouvelables et offrent une empreinte carbone réduite comparée au béton ou à l’acier.
Ressources naturelles utilisées
Les matériaux biosourcés proviennent directement de la nature et sont souvent disponibles localement. Voici quelques exemples typiques :
- Bois : Utilisé depuis des siècles, il continue d’être une ressource clé grâce à ses propriétés mécaniques exceptionnelles et sa capacité à stocker du carbone.
- Chanvre : Employé sous forme de béton de chanvre ou de fibres isolantes, ce matériau offre une grande résistance thermique et phonique.
- Paille : Utilisée principalement en bottes pour construire des murs, elle présente d’excellentes qualités d’isolation thermique.
- Fibre de bois, ouate de cellulose, lin, liège, laine de mouton : principalement utilisés en isolation, ils représentent aujourd’hui une grande partie des matériaux biosourcés posés sur les chantiers.
Avantages des matériaux biosourcés
Les matériaux naturels présentent plusieurs bénéfices notables :
- Durabilité : Ces matériaux sont plus respectueux de l’environnement car ils sont souvent biodégradables ou recyclables (hors produits traités ou mélangés à des liants synthétiques) et nécessitent moins d’énergie pour être transformés.
- Qualité de l’air intérieur : En émettant peu de composés organiques volatils (COV), les matériaux biosourcés améliorent la santé des occupants.
- Performance thermique et confort d’été : leur pouvoir isolant est comparable aux isolants classiques, mais leur densité leur donne un bon déphasage thermique : la chaleur de la journée met plus longtemps à entrer, ce qui améliore nettement le confort en été. Ils régulent aussi l’humidité intérieure.
Les normes et labels liés aux bâtiments biosourcés
Pour orienter et standardiser la construction durable, plusieurs normes et labels ont été établis. Ils apportent des garanties sur la qualité des ouvrages et l’impact environnemental réduit.
Le label d’État « Bâtiment biosourcé »
C’est LE label de référence. Révisé par l’arrêté du 2 juillet 2024 (en vigueur depuis le 1er septembre 2024), il classe les bâtiments neufs en 3 niveaux selon la quantité de carbone biogénique stocké. Pour un logement : 15, 25 ou 45 kg de carbone/m². Il faut au moins deux fonctions biosourcées (structure, isolation, façade, menuiseries…) pour les niveaux 1 et 2, et trois pour le niveau 3. L’isolation biosourcée est obligatoire pour les niveaux 2 et 3. Le label est volontaire : il n’est pas exigé pour le permis de construire. Depuis 2024, il n’est plus nécessaire d’avoir en plus une certification globale du bâtiment.
La RE2020
Depuis 2022, la réglementation environnementale RE2020 impose un plafond d’émissions carbone sur tout le cycle de vie du bâtiment (indicateur Ic construction). Ce plafond se durcit par étapes (2025, 2028, 2031), ce qui favorise mécaniquement le bois et les matériaux biosourcés. Des ajustements ont été adoptés en 2026 (décret n°2026-200), sans remettre en cause ce principe.
Label Effinergie RE2020
Il a succédé au label BBC pour les constructions neuves et va au-delà des exigences de la RE2020.
État des lieux sur les certifications
Quelques autres certifications couramment associées aux bâtiments biosourcés comprennent :
- HQE (Haute Qualité Environnementale) : Cette certification prend en compte plusieurs aspects de la construction durable, y compris l’usage de matériaux biosourcés.
- LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) : D’origine américaine, cette norme promeut l’usage de pratiques durables et de matériaux écologiques.
- BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) : D’origine britannique, elle valorise également l’utilisation des matières premières renouvelables.
Enfin, la loi Climat et Résilience (article L228-4 du Code de l’environnement) impose qu’à partir du 1er janvier 2030, au moins 25 % des rénovations lourdes et constructions relevant de la commande publique utilisent des matériaux biosourcés ou bas-carbone.
Comparaison entre bâtiments traditionnels et biosourcés
La différence majeure entre les deux types de bâtiments réside dans les matériaux utilisés. Les constructions traditionnelles utilisent principalement béton, acier, verre, tandis que les biosourcés favorisent l’emploi de bois, chanvre et paille.
Impact environnemental
Les bâtiments traditionnels génèrent une empreinte carbone significative due à la forte consommation d’énergie pendant la production des matériaux. À l’inverse, les bâtiments biosourcés comportent un impact environnemental moindre grâce à l’utilisation de matériaux renouvelables dont la transformation est peu énergivore.
Coûts et économies
Le surcoût à la construction varie généralement de 0 à 15 % selon les projets, les matériaux et la filière locale. Il se réduit avec le développement des filières. Les économies d’énergie dépendent surtout de la qualité de l’isolation et de la conception, pas uniquement du type de matériau. Le vrai gain des biosourcés se joue sur le bilan carbone, le confort d’été et la qualité de l’air.
Points de vigilance
Construire en biosourcé demande quelques précautions. L’humidité est le premier enjeu : ces matériaux supportent bien les variations d’humidité, mais une mauvaise conception (pare-vapeur mal posé, absence de protection contre la pluie ou les remontées capillaires) peut entraîner des moisissures ou une dégradation. La sécurité incendie est ensuite encadrée : le bois massif se comporte en réalité bien au feu, car il se carbonise en surface et protège son cœur, mais les isolants et parements doivent respecter les exigences réglementaires, surtout dans les immeubles collectifs. Le choix des artisans est essentiel : toutes les entreprises ne maîtrisent pas ces techniques, il vaut donc mieux privilégier des professionnels formés (par exemple aux règles professionnelles de la construction paille ou du béton de chanvre) et vérifier leur assurance décennale. La disponibilité locale varie selon les régions : un matériau produit loin du chantier perd une partie de son intérêt carbone et peut coûter plus cher. Enfin, l’assurance et les avis techniques comptent : il faut vérifier que les produits utilisés bénéficient d’un avis technique, de règles professionnelles ou d’une certification reconnue, pour faciliter l’assurance du bâtiment.
Cas pratiques de bâtiments biosourcés
De nombreux projets illustrent bien les avantages et la faisabilité des bâtiments biosourcés.
La Maison Feuillette
Située à Montargis, cette maison construite en 1920 par l’ingénieur Émile Feuillette est devenue un exemple emblématique des bénéfices de la construction en paille. Solide et durable, elle illustre parfaitement comment des techniques de construction biosourcées, anciennes mais efficaces, sont encore pertinentes aujourd’hui.
Elle appartient aujourd’hui au Réseau français de la construction paille (RFCP), qui en a fait un lieu de démonstration.
L’écoquartier de Beauregard-Quincé à Rennes
Au nord-ouest de Rennes, ce quartier accueille des logements en bois massif (panneaux CLT) et ossature bois, notamment le programme L’Île Ô Bois qui, avec ses 6 étages (25 m), est le plus haut immeuble de logements à ossature bois de Bretagne. Le projet vise le label Bâtiment biosourcé niveau 3, le plus exigeant.
Innovations technologiques
L’innovation ne cesse d’améliorer les applications possibles des ressources naturelles. Des chercheurs développent actuellement des matériaux composites renforcés de fibres végétales pour une plus grande robustesse et polyvalence.
Conclusion
Alors que la demande pour les constructions durables croît, les bâtiments biosourcés apparaissent comme une réponse adéquate. Alliant respect de l’environnement, confort et faible impact carbone, ils transforment progressivement le secteur de la construction. Leur adoption généralisée pourrait marquer un tournant décisif vers un avenir plus vert.






